Les Ghjuvannali

Ce mouvement mystique et non violent, animé par un frère pénitent franciscain fut encouragé par les seigneurs Polo et Arrigo : fils cadets d'Arrigo Strambo d'Attalà et petits-fils du célèbre Giudice. Ses membres s'imposaient des pénitences, des flagellations et préconisaient humilité, simplicité, pauvreté. Dénonçant le faste des "puissants", ils refusaient de payer l'impôt mais aussi de se marier... d'où une réputation imméritée de débauchés. Vers 1352, l'évêque d'Aleria excommunie les adeptes de ce mouvement qui comptait alors une dizaine d'établissements en Corse. A la fin de 1352 les Ghjuvannali en appelent à l'archevêque de Pise et obtiennent la levée de l'excommunication.

En 1354, avant de mourir, l'évêque d'Aleria, Monseigneur Raimondo, s'adresse au Pape Innocent VI. Il lui dit que les Ghjuvannali sont des illuminés, superstitieux, hérétiques, schismatiques et irrespectueux envers l'autorité épiscopale; Innocent VI, se fiant aux dires de l'évêque, excommunie les Ghjuvannali avant de mourir. Son successeur, Urbain V, un bénédictin, maintient l'excommunication et envoie un légat en Corse. Ce légat, fort du soutien de nombreux seigneurs locaux, organise une sainte croisade militaire dans la région de Carbini et en Corse orientale, au nom d'une Religion qui ordonne dans son 5ème commandement "tu ne tueras point"; de 1363 à 1364, à Carbini, Zevaco, Ghisoni, en Alesani... on massacrera 20 à 30 000 Ghjuvannali, femmes et enfants compris. Adeptes de la non violence, la plupart des Ghjuvannali n'opposèrent aucune résistance, leur seule alternative était la fuite ou la mort.

A. Tardy

Le couvent Saint-François de Sainte-Lucie de Tallano